Startupers, résolvez le « chicken-and-egg problem » !

Tout le monde connaît le dilemme de savoir qui est arrivé en premier de l’œuf ou de la poule. Mais saviez-vous que cette question, que l’on traduit en anglais par « chicken-and-egg problem », désigne également un problème fréquemment rencontré par les créateurs de start-up ?

Il était une fois… YouTube

En 2005, 3 jeunes entrepreneurs américains lancent un site Web d’hébergement de vidéos appelé YouTube. Si la plateforme est aujourd’hui connue pour héberger n’importe quel type de vidéos, il n’en a pas toujours été ainsi. À cette époque, les fondateurs positionnent leur plateforme comme un site de rencontres, où chaque membre est invité à se présenter à travers une vidéo. Seul hic : personne ne publie de vidéo. La plateforme se retrouve bien vide.

Cherchant désespérément à remplir leur site avec du contenu, les jeunes fondateurs vont alors utiliser le site de petites annonces Craiglist pour y poster une offre d’emploi. Ils proposent à des femmes résidant à Los Angeles et Las Vegas de publier des vidéos sur leur site en échange de 20 $. Là encore, les fondateurs feront chou blanc puisqu’aucune ne donnera suite. Après ce nouveau revers, ils décident finalement de laisser leurs utilisateurs mettre en ligne tout type de vidéos, et ainsi d’utiliser le site à leur guise. La stratégie se révèle payante. Certains y postent des vidéos de leurs vacances, d’autres de leurs animaux de compagnie. Bref, YouTube prend enfin vie.

Les débuts de YouTube sont révélateurs d’un problème souvent rencontré dans le monde des start-up au stade de leur lancement, et plus particulièrement par les plateformes qui doivent s’adresser à 2 catégories d’utilisateurs pour que leur concept fonctionne. En effet, comment attirer des utilisateurs vers un site encore vide ? Et inversement, comment motiver des créateurs de contenus à en produire si l’audience est inexistante ? Si, en français, on parlerait certainement du « serpent qui se mord la queue », dans le langage start-up cette équation difficile à résoudre porte un nom : le « chicken-and-egg problem » . Cette expression fait ici référence au fameux dilemme consistant à savoir qui de la poule ou de l’œuf est apparu en premier.

L’exemple de Yelp

La plateforme d’avis Yelp a été confrontée à cette même problématique à ses débuts. Pour que le site attire des visiteurs, il lui faut des avis en quantité et bien sûr en qualité. Mais pour que le site obtienne ces avis, il lui faut surtout des utilisateurs prêts à les écrire. Pour se développer en dehors de San Francisco, son premier marché, la start-up va adopter une démarche similaire à celle de YouTube en décidant de payer pour la rédaction d’avis. Mais, comme pour la plateforme d’hébergement de vidéos, l’expérience n’est pas un succès. En résulteront des avis de faible qualité, écrits « par des gens qui n’avaient pas grand chose à faire de Yelp » , résume Jérémy Stoppelman, son CEO. Celui-ci change donc son fusil d’épaule et décide de se focaliser sur sa communauté d’utilisateurs. Pour les inciter à se montrer plus prolifiques, il donne à Yelp une dimension sociale qui n’existe pas, ou peu, sur les plateformes concurrentes. Contrairement aux autres sites, les utilisateurs de Yelp ont tous leur page profil avec leur photo, un peu comme sur un blog. Tous les avis apparaissent ainsi accompagnés de la photo du rédacteur, limitant l’impression d’anonymat.

Yelp permet également à ses membres d’évaluer des avis écrits par d’autres. Cette fonctionnalité a pour effet d’inciter les utilisateurs à rédiger des évaluations de qualité et à en écrire davantage. Pour les motiver encore un peu plus, la plateforme va même leur attribuer un statut particulier, celui de membres « Elite ». Une fois obtenue, la distinction offre plusieurs avantages comme celui de recevoir des invitations pour des événements exclusifs, organisés par le community manager local.

Grâce à cet aspect social, le site s’est progressivement enrichi avec des évaluations de qualité, lui permettant ainsi d’attirer toujours plus de visiteurs. Mieux, Yelp a réussi à créer une certaine addiction à sa plateforme, de nombreux utilisateurs rédigeant gratuitement ces avis sur leur temps libre, simplement pour leur satisfaction personnelle.

Pas de recette miracle…

Il n’existe malheureusement pas de recette miracle pour résoudre le « chicken-and-egg problem » souvent rencontré par les plateformes à leurs débuts. Cibler 2 catégories d’utilisateurs différentes n’est jamais simple. Une solution souvent adoptée par les créateurs de start-up consiste à réduire l’accès à leur plateforme en démarrant d’abord avec une « private beta » , à savoir une version non publique. Cette méthode permet de donner progressivement vie à la plateforme avant de la rendre disponible à tous.

Autre stratégie, beaucoup de fondateurs n’hésitent pas à faire vivre eux-mêmes leur plateforme à leurs débuts, en utilisant différentes approches :

  • Les fondateurs d’Airbnb listeront leur appartement sur leur plateforme de location entre particuliers.
  • En 2005, les créateurs de Reddit inonderont leur site de contenus en utilisant de faux noms d’utilisateurs.
  • Ceux de Quora publieront et répondront eux-mêmes aux questions afin de donner vie à leur plateforme de questions/réponses.

 

Extrait de :

Start-up attitude
Adoptez l’esprit start-up pour faire du business autrement
Adrien Tsagliotis
Collection: Hors collection, Dunod
2017 – 224 pages – 150×210 mm
Voir la fiche détaillée du livre

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